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Découvrez les deux lauréat.e.s
du PRIX BIOVIV'ART DES JEUNES AUTEUR.RICE.S

Le festival porte un engagement fort envers les nouvelles générations.

Pour la quatrième année consécutive, le Prix BIOVIV’ART des jeunes auteur.rice.s de théâtre invite des voix émergentes à s’emparer de la crise écologique par l’écriture. Une démarche qui s'inscrit dans une volonté de transmission et un focus sur la capacité des plus jeunes à porter un regard neuf sur des enjeux qui les concernent pleinement.
Nous avons reçu 14 textes, et le jury en a choisi deux.

Les lauréats monteront sur scène le samedi 25 juillet à 12h00, donnant à leurs textes une existence publique et une portée concrète.

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Découvrez les lauréats
de l'édition 2026 du PRIX BIOVIV'ART

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SYLVAIN SEPTOURS

" L'été gluant "

" J’AI PEUR ! " est une fable poétique qui s’inspire de la disparition du dodo, oiseau symbole d'extinction causée par les humains. Ce texte frappant et émouvant pointe la domination et le mépris des humains envers les autres êtres vivants non humains. “ J’AI PEUR ! ” interroge la manière dont nous nous lions au

monde. Faut-il renouer avec la sauvagerie ? Mais alors, laquelle ? Et qu’est-ce qu’être civilisé-e, au juste ? Loin de tout angélisme, la pièce cherche à questionner nos idéaux. En effet, peut-on rester intègre et conserver de belles intentions face à ceux qui, sans scrupule, ne craignent ni la laideur ni la destruction ?

​

Née en 1992, Kamila-Alice Volsteadt est lectrice-correctrice et rédactrice spécialisée dans le sensitivity-reading, et mène en parallèle une pratique artistique pluridisciplinaire.  Elle mêle dans sa pratique écriture et performance, arts de la scène et arts visuels. Elle est également militante écologiste aux Amis de la Terre à Rouen et militante queer à Divergenre à Amiens. Sa pratique de l'écriture est le reflet de son rapport furieux au monde.

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JULIEN BLEUE BÉNET

" Barracuda "

" Seul en scène pour un crabe " traite de la prolifération du crabe royal du Kamtchatka. Ce texte puissant, original, subtil et très bien documenté a le mérite de faire rire tout en mettant en évidence l’impact involontaire de l’homme sur les équilibres naturels. Il s'agit d'un seul en scène pour un crabe royal du Kamtchatka. Un crabe invincible et vorace qui pullule dans les mers du nord de l'Europe. Représentant d'une nouvelle armée rouge, il avance vite. Au bout de ses pinces, il aperçoit les côtes françaises.

​

En tant qu'artiste-chercheuse, Margot Rogron écrit, interprète, met en scène et en ondes ses propres textes, tout en menant une réflexion théorique interdisciplinaire à la croisée de la philosophie, des sciences et techniques, de la culture et de la littérature russes. En 2017, elle performe son récit ТУНДРА/TOUNDRA au festival universitaire de Nantes, et, entre 2019 et 2021, elle représente son texte Seul en scène pour un crabe.

Découvrez la mention spéciale du Jury
de l'édition 2026 du PRIX BIOVIV'ART

Alice Capella

" Ga-roi-nes "

L'été gluant

Sylvain Septours

(Début du texte)

-Quand le pétrole est arrivé je me suis dit c’est pas si grave il en faudra plus pour qu’on arrête de se baigner, et puis rien à voir avec ces images sur Internet, les paquebots immenses qui relâchent contre la mer leurs spirales oranges chimiques, non, l’eau ici est juste devenue un peu trouble, un peu gluante, un peu plus sale que d’habitude d’ailleurs de loin on pourrait croire que c’est normal, cette ligne noire qui vire au brun sur l’horizon on croirait que c’est la couleur de la mer ici et on dirait ce n’est pas l’eau qui est foncée c’est le ciel qui est trop clair, c’est vrai qu’il fait pâle aujourd’hui, un soleil blanc comme en septembre.

-j’enfonce la lame droit dans son crâne glisse d’un seul trait jusqu’aux nageoires encore trois coups la peau se défait jusqu’à la queue à chaque fois c’est une autre vague de chair grasse qui jaillit gicle sur mes bras se propulse contre mon torse j’ouvre son ventre et son corps gronde quand il éclate contre le mien.


-La côte n’est jamais aussi belle qu’à la fin de l’été sous cette lumière claire, cette lumière tiède et rassurante qui allège un peu les choses
les oiseaux marins volent au-dessus, tout paraît doux, simple et fluide alors on rentre dans l’eau sans se méfier sans faire attention à la nappe sombre qui recouvre la surface on ne réalise que plus tard, dans le miroir de la salle de bain, quand on voit les plaques rouges qui recouvrent tout le corps, on se gratte jusqu’à s’arracher la peau, et quand on plonge dans la piscine en espérant se soulager, le chlore brûle contre les plaies et le sang trace des cercles rouges sur le bleu de l’eau fluo.
 

-c’est un rugissement sonore une basse qui vibre partout sur la plage je ne m’attendais pas à ça je ne pensais pas que ce serait si fort mais le corps a recraché tous ses morceaux les viscères les intestins d’autres lambeaux de chairs informes qui se mélangent avec le sable glissent jusqu’à mes bottes et se collent sous mes semelles en caoutchouc.

(...)

Barracuda

Julien Bleue Bénet

(Début du texte)

Une vieille mer, la mer Méditerranée
En voix off, l'éditorialiste
La reporter d’images
Le sauveteur-nageur de la plage
Un barracuda, suivi de tous ses enfants


L'ÉDITORIALISTE –
Des températures qui dépassent tous les records en ce jour
voilà un aperçu somme toute concret me direz-vous du
réchauffement climatique.
Le réchauffement climatique frappe
sans fin
la façade sud de notre pays
et particulièrement
nos belles côtes méditerranéennes.
Estelle
Estelle, vous êtes là ?
Oui
Estelle Lapaïs, vous êtes
notre envoyée spéciale
sur place
c’est le paradis ou l’enfer là où vous êtes ?
 

LA REPORTER SUR PLACE –
Si derrière moi, les pluies torrentielles noient les hommes et le soleil brûle la terre, ici la mer est
belle et on s'y étend dans l'insouciance. Alors oui, à peine au-dessus des normes, c’est ce
qu'annonce aujourd'hui le thermomètre : une eau à 30°C sous grand ciel bleu.
Derrière moi, vous pouvez voir que tout le monde se prête au jeu de la baignade ; donc nous aussi
avec Tristan, on a pas pu résister à mettre un peu plus qu'un orteil dans l'eau ahah – qui est d'ailleurs
très agréable. Selon les médecins, une telle température, proche du liquide amniotique serait aussi
favorable au développement des nourrissons de 4 à 6 mois, leur apportant une sensation de chaleur
humaine.
Qui a dit que le réchauffement ne servait pas ?

L'ÉDITORIALISTE –
Il y en a qui s’amusent au travail, on dirait !
 

LA REPORTER SUR PLACE –
Oui tout à fait !
C’est un travail qui prend des airs de vacances, la canicule n’a pas refroidi les gens – si je peux me
permettre le jeu de mots. La plage est bondée. Regardez ces images – par ici, Tristan, montre.
Elles parlent d’elles-mêmes je crois, on dirait le métro en heure de pointe.

L'ÉDITORIALISTE –
Et ce n’est pas dangereux la baignade par cette température ? Vous avez parlé de nourrissons
notamment...

(...)

Ga-roi-nes

Alice Capella

(Début du texte)

Au commencement, une plage de Catalogne, sur la Méditerranée. Le long de la plage de sable ni trop gros ni trop fin, une promenade goudronnée bordée de pins parasols, de commerces, d’hôtels trois et quatre étoiles, de restaurants de fruits de mer et de spécialités locales.

 

A l’est de la baie, dans le prolongement de la plage, un petit port de plaisance délimité par une digue bétonnée. Des bateaux y sont amarrés comme dans un parking. Le reste est au mouillage plus loin, au bout de la zone de baignade, sur des bouées jaunes. Un zodiac fait des aller-retours entre le port et les bouées pour conduire les propriétaires à leur bateau.
Entre la plage, le port et la promenade goudronnée, un petit banc à l’ombre des pins.
Premier jour de juillet, excitation dans l’air, comme juste avant un mariage.
Ça sent le fioul, les frites et la barbe à papa.

​

Al Passeig - Sur la promenade, épicentre de l’odeur de frites
Les saisonniers nettoient les terrasses à grandes eaux et dressent les tables pour le déjeuner. Les camions de livraisons déversent leur cargaison devant l’épicerie, la boulangerie et le kiosque à journaux : articles de plage en plastique transparents, magazines avec les jeux d’été et autres soupes de lettre, bikini, monokini, trikini.

BROUHAHA DES SAISONNIERS. Attention / Ce midi on a du poulpe, du riz,... / Soirée salsa le jeudi soir seulement sur reservation / Attention je repasse / le karaoké c’est le vendredi, entrée libre / arroz a la Cassola la spécialité de la maison / tenue correcte exigée en terrasse à partir de 21h / -30% sur les sudoku de l’été dernier
Ils rient.
Déjà les prix de l’épicerie et des restaurants s’envolent, repoussent au lo`
in les locaux qui prendrons leur voiture pour faire des courses au supermarché de la ville moyenne à 10km au nord, au risque de ne pas trouver de place à l’ombre à leur retour.

Al por - Sur le port, épicentre de l’odeur de fioul
Les agents du port contrôlent les bateaux au mouillage et mettent en service la pompe à essence.
BROUHAHA DES AGENTS DU PORT: zodiacs, marquises, petit voilier / lui il n’a pas payé pour être au port / Amande ! / moyen voilier, grand voilier, très grand voilier / énorme énorme voilier / petit yacht, moyen yacht / sifflement, grand yacht/ beau moteur / 56 CV / Ca, ça fait de la vague /
Du miel à mes oreilles / lui il n’a pas payé pour être au port / Amende !
Un moyen yacht démarre, traverse la baie. Klaxon long et grave.
Ils rient.
Déjà la vibration des moteurs repoussent au loin les mammifères marins qui ajustent leur
trajectoire et prennent le large avec la cote.
 

A la platja - Sur la plage
Bruits de la niveleuse qui aplati le sable rendu inégal par les vagues et les pluies du printemps. Bruits de construction de la guérite du maitre nageur qu’on réinstalle, à coté du porte drapeau.

BROUHAHA DES MAITRES NAGEUR. Plus à gauche le porte drapeau / Attention ! / Drapeau rouge, drapeau jaune, drapeau vert, drapeau méduses ? / Trousse de secours en place / Ici le drapeau méduse ! / Douches allumées / Aujourd’hui c’est drapeau vert. 1er juillet, c’est toujours vert.
Ils rient.

Déjà le sable soulevé trouble l’eau et réduit la visibilité des poissons et des petits crabes de la baie.

(...)

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